Opposer single malt et blended whisky relève d'un malentendu récurrent. Ces deux styles ne s'affrontent pas : ils se sont mutuellement construits au cours du XIXe siècle, et l'histoire du scotch tel que nous le connaissons aujourd'hui n'existerait ni sans l'un, ni sans l'autre.
Deux définitions, deux univers
Un single malt est produit exclusivement d'orge maltée, distillé en alambic à repasse, dans une seule distillerie. Un blended Scotch, lui, mélange du whisky de malt (issu d'une ou plusieurs distilleries) avec du whisky de grain, produit dans des alambics à colonne à partir de céréales variées — souvent du maïs ou du blé.
Le whisky de grain est plus léger, plus neutre, et permet la production continue. Sans lui, le blended n'existerait pas. Sans le blended, la plupart des distilleries de malt du XIXe siècle auraient fermé faute de débouchés.
La naissance historique du blended
L'invention en 1831 de l'alambic à colonne par Aeneas Coffey rend possible la production industrielle de whisky de grain. Dès les années 1860, des négociants comme Andrew Usher assemblent malt et grain pour produire un whisky plus doux, plus constant, mieux adapté aux palais internationaux. Le blended Scotch conquiert le monde. Johnnie Walker, Chivas Regal, Ballantine's, Dewar's sont autant de maisons dont la fortune s'est bâtie sur l'assemblage.
« Le blended est l'art d'accorder plusieurs voix ; le single malt est l'art d'affirmer une signature. »
La renaissance du single malt
Ce n'est qu'à partir des années 1980 que le single malt s'impose comme catégorie à part entière auprès du grand public. La campagne Classic Malts de 1988 en constitue le point de bascule : elle donne un visage régional à ce qui n'était qu'un composant d'assemblage.
Aujourd'hui, environ 90 % du scotch consommé dans le monde reste du blended. Certains sont d'une qualité remarquable, produits par des maîtres assembleurs d'exception. Le single malt occupe la niche du haut de gamme et du récit d'origine. Deux styles, deux fonctions, une même culture.